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Le regard fixe, contemplatif, à la fois perçant et perdu dans des brumes oniriques, résistant au désenchantement du monde sans perdre de sa lucidité, voilà le regard que nous offre Caius J Spillner grâce à ses créature humaines et non humaines évoluant dans un univers côtoyant la réalité sans jamais s’y soustraire. Car là est bien la problématique de création de Spillner, montrer le réel sans tomber dans ses travers racoleurs, chaotiques et destructeurs, dépersonnalisant l’individu, polissant la surface pour n’en laisser aucune aspérités, donner l’impression d’un velouté qui n’est autre qu’une violence faite à la singularité.
C’est toute sa vie que l’on retrouve dans son travail, sa participation à la fondation de la Kultur Factory à Coesfeld, centre pluridisciplinaire inscrit dans la culture punk des années 80, sa rencontre déterminante avec le peintre et xylogrpahe Thomas J Richter, son voyage à Bali et l’apprentissage des techniques de sculpture singulières de l’île à l’esprit chamanique ou encore les 30 années passées au Pays-Bas. Les œuvres de Caius J Spillner sont imprégnées de ses expériences, autant de traces qui seront par la suite retranscrites en coups de pinceaux ou de ciseaux, donnant vie à un univers mythologique crée par sa fertile imagination. Car l’œuvre de Spillner ne se réduit pas à une critique de la société, c’est aussi tout un bestiaire étrange, des créatures anthropomorphes, presque primitives, dont les postures et expressions parfois exagérées distillent une familiarité et une empathie proprement humaine, terriblement expressionniste. Un expressionnisme nouveau, dégagé du pessimisme de ses créateurs, ne tombant pas dans l’optimisme aveugle, mais justement entièrement pris dans cette dualité proprement humaine d’être à la fois ombre et lumière, Apollon et Dionysos, entité chtonienne et céleste. C’est pour arriver à cette synthèse d’humanité que l’artiste a délibérément refusé l’intellectualité, laissant parler les émotions, le corps, la chair dans un dialogue avec la matière. Il suffit de regarder vivre ses sculptures pour sentir la conversation intime qu’il entretien avec le bois, dialogue qui se prolonge par celui que nous avons avec l’œuvre achevée, existentiel ou charnel toujours en étroite liaison avec notre humanité.